Little China Girl

Publié le par Ouais_supère

« Est-ce que je peux dire que j'ai trouvé ça à chier ? »

Philippe Manœuvre chine.jpg

 

Oui, sans doute puis-je le dire aussi. Sans doute ne serez-vous pas d’accord, puisque, je l’imagine encore, vous avez du vibrer et en tremper vos caleçons, de ce spectacle ahurissant, qui, pour la postérité, portera le nom de 2010 Formula One Chinese Grand Prix. Ahurissant, et navrant. Une nouvelle fois la glorieuse incertitude du sport fut foulée au pied par son ersatz, le Dieu Nawak, seule voie pénétrable pour scotcher le lambda, le quidam, le clampin, sur son fauteuil Ikea encore une paire d’heure de plus dans l’espoir de lui vendre quelque rasoir Gilette.

Et une nouvelle fois ce ne fut pas la pluie qui trempa les visières, en ce doux week-end asiatique, mais bien les larmes versées par une F1 claudiquant à côté d’elle-même, contemplant, comme extérieure, sa lente agonie. Celle qui pourtant dure depuis quelques décennies, mais à laquelle on ne saurait s’habituer. Des sanglots convulsifs, irréguliers, et qui semèrent une panique dont les cyniques eurent le culot de se réjouir, oh, comme c’est joli, bravo bravo, toutes ces voitures et leur ballet absurde. Au loin, à l’autre bout, en Islande, seul l’Eyjafjöll osait s’insurger. Et depuis, à défaut d’avion, un ange passe.

 

Vous étiez de ceux qui ont compté le nombre d’arrêts au stand pour chaque voiture afin d’en évaluer la performance ? Vous avez croisé temps au tour, état de la piste, et choix de pneumatique, vous vous êtes vraiment donnés cette peine ? Et vous avez manié la triangulation, bien entendu, comme d’autres manient leur sexe usé par les fréquents supplices qu’ils lui infligent, pour le plaisir d’en voir gicler un argument massue affirmant haut et fort que oui, leur petit chouchou l’a emporté, ou que non, ce même guignol n’a pas mangé sa branlée ni ne s’est enfui pleurer chez sa maman ?

Remarquez, oui, on peut. Moi je m’y refuse, catégoriquement, mais on peut. Mais on peut aussi considérer que quitte à se prendre la tronche et le reste à deux mains pour quelque chose qui n’a ni queue ni tête, il y avait sans doute meilleur choix que ce triste Grand Prix de Chine. Vous savez, j’y ai bien  réfléchi, et je crois vraiment que votre problème, c’est que vous n’avez pas de vie.

 

La pluie a un avantage, accordons-le lui, c’est qu’elle gomme (c’est le cas de le dire), lorsqu’elle est constante, ce problème à la gomme (et de deux) de gestion des pneus, et d’obligation d’user de deux spécifications différentes durant la course. En fait, elle supprime surtout cette ridicule histoire de pneus tendres en sucre, conçus pour durer le temps pour un pilote de rejoindre son adversaire, mais pas plus, surtout pas, ce qui fait qu’une fois dans ses fesses il n’aura plus rien à faire d’autre que chialer par radio en essayant de ne pas se fiche dehors. Pour le spectateur, dans le genre coït interrompu, ça se pose là.

Sauf que la pluie, ce week-end, était loin d‘être constante ou suffisamment drue pour détremper la piste, ce qui fait qu’il fallut changer mille fois de train de pneumatiques, en alternant durs et intermédiaires. Les pneus « intermédiaires », en voilà encore une perversion moderne, probablement née du cerveau malade de l’un de ces cons de centristes. Encore une idée à la « pourquoi pas », pour ceux qui n’ont pas assez de couilles pour poser clairement une décision à un moment crucial donné. Les mecs : il pleut, ou il pleut pas. C’est mouillé par terre, ou non. Tu sais rouler dans des conditions précaires, ou pas.

Des types de pneu, en course s’entend, il en faut deux : un pour piste sèche, mais un vrai, qui crame pas en dix tours sous prétexte que le pilote a eu le culot de vouloir vraiment faire son métier, et un pour piste mouillée. Le reste, c’est du gadget, du folklore, de la frime de manufacturier, et surtout de la manipulation des instances pour créer un spectacle factice en multipliant les possibilités pour une équipe de se vautrer.

 

Mais je m’éloigne du sujet, à savoir cette bouse télévisuelle à laquelle nous avons assisté. Personnellement j’ai préféré Transformers 2.

 

Que dire ? Remarquer, par exemple, que Lewis Hamilton a trouvé son nemesis, son ennemi le plus pur, en la personne de ce sale cafteur de Jenson Button, probablement collaborateur secret de la FIA (« ouin, Alonso y m’a volé mon départ, faites quelque chose, bouhouhou... »). On croyait que son plus grand rival était l’espingouin d’Oviedo, la faute à une parodie de saison 2007 où les deux se sont si bien neutralisés qu’ils sont parvenus à donner le titre au pilote qui s’en foutait le plus de tout le plateau. Mais s’ils se sont neutralisés, c’est juste parce qu’ils sont les mêmes, au fond : deux gros bourrins qu’on pourra trouver exaltants si on est du genre à préférer un maximum de watts RMS à la pureté d’un son, d’autant plus qu’à présent que la bride semble s’être relâchée concernant les pénalités en course, et que l’un comme l’autre peut désormais se laisser aller à des coups que je ne qualifierai pas de pute par respect pour les filles du plus vieux métier du monde (qui ont déjà suffisamment à faire avec nos Bleus du foot, apparemment) sans craindre pour leur matricule. Jenson Button, donc, ce héros, c’est autre chose. C’est Droopy, au fond. Hamilton peut déployer des trésors de vitesse pour lui échapper, le doubler 15 fois, invariablement lorsqu’il monte sur le podium, Button est déjà dessus. Son talent est double : il sait s’il pleut ou pas (si si, respect, j’ai pas l’impression que ce soit si répandu), et il est trop pétochard pour prendre le moindre risque sur la piste, ce qui fait qu’à l’arrivée sa voiture empeste la peinture neuve (ça fait des trous dans le cerveau, de respirer ça, d’où ses cris de célébration maniaque en fin de Grand Prix) et ses pneus sont encore sous blister (or, je ne vais pas y revenir, le problème de la F1, c’est qu’elle est une compétition pneumatique). Autrement dit, il est l’exact opposé de Louie Louie, le lièvre de la fable, qui passe des courses entières à doser tout le monde au chronomètre sans jamais l’emporter. En attendant, le duo Senna-Prost du pauvre, c’est chez McLaren qu’il se trouve, il faudra bien s’en contenter.

 

On peut noter le podium de Rosberg, peut-être le pilote le moins excitant du plateau. On le notera surtout, en fait, pour pouvoir se repaître de la course calamiteuse de son illustre équipier, donc les couronnes semblent peser de plus en plus lourd sous son siège. Cette Mercedes exige un pilotage à l’opposé de ce que Schumacher préconise, et si à une époque la voiture aurait immédiatement présenté ses excuses pour avoir fait preuve d’un tel culot hérétique, cette fois-ci elle n’a pas un regard pour son glorieux pilote. Cette connasse frigide ne tolère que la copulation dominicale en position du Sous-Virage (page 12 du Kama Sutra), et refuse, sous prétexte de migraine, de succomber avec son vieil amant aux plaisirs désormais interdits du Sur-Virage (page 13, mais je vous préviens c’est un peu dégueulasse hors contexte). A croire que les 41 balais, c’est elle qui les a dans le derrière.

Au passage, voilà la F1 d’aujourd’hui : selon qu’une voiture est adaptée ou non à votre style, vous serez puissant ou misérable. La conception d’une monoplace est une discipline tellement pointue qu’une fois la voiture vomie en l’état, il sera impossible d’en modifier le comportement sans lui faire perdre de vitesse. Mais je m’égare.

Et tous les vieux « anti » de refaire surface, jubilant, ils l’ont enfin, la preuve que le Grand Septuple était surestimé, favorisé par Ferrari, et qu’au fond il n’a jamais rien prouvé. Ils ont voie libre, les révisionnistes, ils peuvent cracher leur bile sur le seul évènement qui pouvait donner du sel à cette parodie de compétition, se réjouissant que la F1 oublie son passé pourtant proche et fasse l’apologie d’une jeunesse idiote sans respect pour ses aînés. Bref. Rosberg, 3e, n’existe que par comparaison flatteuse avec le vioque, d’autant plus aisément qu’aucun journaliste n’ira l’emmerder (pardon), lui, avec des histoires d’âge et de possible retrait anticipé. Puisqu’il éclate Schumacher comme il éclatait Nakajima, il y en aura pour conclure qu’aujourd’hui Schumacher vaut Nakajima, mais rien concernant Nico, qui n’existe pas.

 

 

Chez Ferrari, on retrouve une problématique similaire à celle de Mercedes. Que Fernande mette des secondes dans la vue de Massa (c’est bien de cela que l’on parle, de secondes, au tour, entre les deux) au cours d’une course erratique, et l’on croira détenir la Vérité sur le niveau réel et respectif des deux belligérants. Non mais vous écoutez Malbranque, vous l’entendez, ce mec-là ? Et il n’est pas seul. Il en reste, et heureusement, pour préciser que d’évidence, le brésilien est en délicatesse avec cette voiture, comme l’est Schumacher avec la sienne cette saison, et que sa prestation minable (il faut bien l’appeler par son nom, et ce malgré le fait qu’il ait dû patienter derrière son équipier pour changer ses pneus) ne saurait refléter son niveau réel. Enfin, du temps de la grandeur (même pas déclinante) de Michael Ier, il n’y en avait plus que pour Alonso et Raikkonen, que l’on goûtait de mettre côte à côte dans la conquête du renouveau de la F1. Oui, côte à côte, quasiment, ils étaient les deux meilleurs, disait-on. Une fois prouvé par trois (saisons) que Massa valait le finlandais, il faut donc déduire aujourd’hui qu’Alonso aurait collé à Raikkonen une avoinée chronométrique similaire. D’accord ? Ah mais attendez, ça n’est pas fini : quelle grande nouvelle porteuse de tous les espoirs voit-on germer dans les media ? Raikkonen reviendrait en 2011 pour sauver la F1 chez Red Bull. Partant de ma démonstration (certes extrêmement schématique) précédente, si on veut être cohérent, bordel, qu’attend-t-on de ce mec-là ?

Que l’on soit bien d’accord, ceci n’est absolument pas un argumentaire à charge du finlandais, dont je n’ai, vraiment, que faire, il ne m’intéresse pas. Je montre simplement que si on espère le retour gagnant de Raikkonen face à un Vettel pourtant révéré, on n’a, intellectuellement, pas le droit de dénigrer un pilote qui le vaut sensiblement en prétendant que ses difficultés actuelles sont la démonstration d’un manque de talent.

Alonso, pour sa part, a fait ce qu’on attendait de lui : une course d’attaque totale agrémentée d’une bévue au départ et d’une manoeuvre minable (j’insiste) à l’entrée des stands sur son équipier. Pardon ? Ca râle dans le fond ? Ben oui, dépasser de cette façon, au mépris de la plus élémentaire morale, c’est minable, et ça fleure bon l’aveu d’impuissance. Mais c’est votre définition d’un « attaquant », je le sais trop bien. Reste que la Scuderia est sienne, à présent, pour le meilleur ou pour le pire, et qu’il faut lui souhaiter que cette dernière fasse preuve d’un peu plus de clairvoyance stratégique (tiens, même sans les fameux conseils foireux de Schumacher, ils font des âneries ?) s’il veut jouer sa carte au championnat.

 

Remarquons aussi la remarquable et remarquée catastrophe Red Bull. Un départ abominable de Vettel, une stratégie ratée (j’ai dit que je ne rentrerai pas là-dedans en détail), encore un soucis aux stands pour Webber qui en plus s’est fait sortir par Hamilton (lui-même peut-être tassé par Vettel, à revoir, mais ce serait plutôt tragicomique pour l’australien tellement sa saison prend des allures de sacerdoce), puis une démonstration de lenteur en fin de course, Vettel infoutu de dépasser Kubica (merci les pneus en mousse qui s’émoussent), et Webber qui s’humilie en solo (merci les pneus mousses encore, mais encore plus rapidement), dépassé par Petrov, rejoint par Massa. Une nouvelle fois l’australopathétique avait fait sensation aux essais, la pole lui était promise, mais le minot lui a chouravé en dernière minute. Pour la suite, déstabilisé peut-être (il lui en faut peu), il était à la rue. Il faisait peine à voir, à l’arrivée, d’autant plus que, comme je l’ai évoqué, son remplacement (la F1 est connement méchante) serait déjà prévu. Oui, Red Bull, c’est la recherche de l’esbroufe. A tout prix. Ils possèdent un duo d’une homogénéité rarement atteinte en terme de vitesse pure, leur voiture est la meilleure, mais voilà, parce qu’ils ont vu un truc qui brille au loin (une Citroën en tonneau) et qu’ils n’ont pas, ils vont tout bousiller de l’équilibre précaire que constitue une écurie de Formule 1 pour l’obtenir. Mais qu’attendions-nous de la part d’une pauvre équipe de soda pour skater à la con ? Il ne reste plus qu’une chose à espérer : que Vettel et Webber se détestent et s’accrochent course après course, afin que Red Bull disparaisse dans les limbes du classement, celles qu’ils n’auraient jamais dû quitter.

 

Le reste ? Je m’en fous. Petrov est lent, je l’ai déjà dit, ça s’est vérifié, mais comme il est porcasso-spectaculaire, vous l’adorez. Peut-être parce qu’il court chez Renault, aussi, et que chez Renault ils ont investi dans des cerveaux, apparemment, vu leur constance dans une médiocrité tolérable et rentable. Sutil malgré la météo, n’a pu montrer que son véritable niveau, soit pas grand-chose. Hulkenberg est à nouveau nul, enfin, corrigé par un vioque qui mérite mieux que cette historique poubelle (pauvre Williams, il fallait bien payer son tribut à la fatalité pour avoir donné un titre à Villeneuve, mais ça commence à être long, là). Basta.

 

Trois semaines entre cette calamité et le retour en Europe, celui que l’on vend traditionnellement comme celui de tous les changements de hiérarchie. On sait d’avance qu’il n’en sera rien, mais il vaut mieux gober cette pilule-là pour assurer à Bernie Ecclestone notre présence léthargique devant l’écran une fois de plus. Vous y serez, n’est-ce pas ? Mais achetez-vous une vie, bon sang…

Publié dans Formula Ouane

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

bertrand 12/05/2010 19:53


oui oui en pleine forme comme toi apparement

enkuler de rire


bertrand 11/05/2010 18:56


et bordel de merde, j'ai recommencé, c'est pas vrai : jusqu'ici et pas jusque ici, bon, ben, voilà, désolé encore une fois, mais là, c'est sûr, même mes enfants vont me renier, encore que j'avais
une chance avec le seul "s'en contre(-)fout", mais là, set clere, je suis cuit.
Bon, ben, peut-être à une prochaine fois.


Ouais_supère 12/05/2010 13:59



Oh le gros nase.


Salut Bertrand, ça va, mon vieux?



bertrand 11/05/2010 18:54


merde, j'ai écrit "se contre(-)fout" alors qu'il faillait que j'écrive "s'en contre(-)fout" putain, ça fait chier d'écrire un commentaire de compliments et de se planter comme un con, vraiment je
suis désolé, j'espère que mes excuses seront acceptées parce que sinon ma femme va sûrement vouloir divorcer d'un con comme moi qui sait même pas écrire sur son clavier de no-life qui a 1/2 heure à
perdre à lire des articles de blog qui disent du mal des pilotes de formule 1 dont elle se balance complet, mais voilà, ma vie est peut-être foutue à cause de ça alors que jusque ici tout roulait
nickel pour moi.
Vraiment désolé quoi.
lol mdr edr
@+ ptdrrr


bertrand 11/05/2010 18:50


Toujours aussi bon, ça faisait longtemps que le rythme de production n'avait pas été aussi soutenu.
Des sourires, des éclats de rires, des incertitudes quant à l'avis donné par l'auteur qui d'ailleurs se contre-fout (ou contrefout, on en sais rien d'ailleurs) et quelques branleurs de forums qui
postent dans les commentaires pour faire durer le plaisir de cette lecture hautement acidulée, merci ouais_supère, merci à tous les auteurs, j'aime la formule quant elle est vue comme ça, c'est
mieux qu'autocritiques (avec ou sans Brogniart d'ailleurs).


Buz 29/04/2010 16:17


Dieu se fait enculer par cette pédale de Rosberg (paraîtrait même qu'il a un modèle de casque spécial "protection du brushing à la provitmaine A) et c'est tous ses disciples qui ont mal au cul.
Rosberg serait surpuissant?
Bon article. Un peu long. Manu, tu crois vraiment qu'on a 1/2h à perdre à lire ta prose. Petit présomptueux!


Ouais_supère 29/04/2010 18:53



Gros présomptueux, s'il te plait.


Rosberg, en fait, tout le monde s'en balance, je l'ai déjà dit. Ce qui compte, c'est si Schumacher a fait caca dur ou mou avant de subir ses assauts. C'est aussi ça, le charisme.